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Le plateau dAllada

Mise en place du peuplement sur le plateau d'Allada

Succédant au plateau d'Abomey, au Sud, la Lama, secteur situé au centre de la dépression argilo-marneuse constituait un no man's land, son terroir étant resté inviolé par l'homme, jusqu'à une époque récente. Alors que la toile de fond du peuplement des plateaux de Kétou, de Sakété, de Porto-Novo et d'Abomey était constitué par des yoruba qui provenaient de l'éclatement des foyers d'Ilé-Ifè et d'Oyo avant la migration des Adja de Tado vers l'0uest du Sud-Benin, le plateau d'Allada était habité par des groupes humains de provenance indéterminée, les Aïzo, et les Torri. Formant le groupe le plus numériquement important, les Aïzo constituent une société paysanne attachée au sol. Il semble qu'ils ont subi, sans avoir opposé une grande résistance, la domination des Adja, dès leur établissement à Allada, et de la monarchie aboméenne, après la chute du royaume d'Allada. 

Dans la partie septentrionale et au centre du plateau d'Allada, les Aïzo sont organisés en communautés rurales colonisant le sol d'une manière lâche tels, le pays Wèzounmè formé d'importantes agglomérations comprenant de gros villages  Ahouannonzoun, Koundokpoé, Dawé, Domè, Tanta, Adjan et Zè. 

Le pays Dangban formé par les villages de Dodji Adohounsa, Dodji-Bata, Dodji-Djokohouédomè, Dodji-Dangban, Dodji-Bata-Gandaho, Dodji Ouankon, etc. Au Sud du plateau, en direction de Ouidah, par Savi, l'importante agglomération urbaine d'Allada abrite un centre religieux important, Togoudo où est érigé le palais royal. Allada forme une enclave entre le territoire occupé par les Aïzo et le pays Torri au sud.

Dans le Sud-Ouest et le Sud-Est du même plateau, respectivement dans les régions de Ouidah et d'Abomey-Calavi, le fond du peuplement a été alimente au cours du XVIe siècle probablement à l'époque du grand exode des Adja vers l'Est, par deux importants courants migratoires dont le berceau serait également Tado. Ainsi, d'après l'administrateur Gavoy (1944), l'historien Casimir AGBO (1959) et Robert CORNEVIN (1962), les migrants Adja, partis de Tado, seraient descendus vers le sud par le Mono. Ils fondèrent le royaume des Houeda, à peu près au Nord de l'emplacement actuel de la ville de Ouidah. Les activités humaines déjà assez développées à cette époque ont contribué à créer, dans la région environnante du royaume, des champs de cultures dont celui établi vers 1550 par le roi Kpassè, au sud de Sahé, et auquel il a donné le nom de "Glehoué", actuelle dénomination de Ouidah. 

Dans le Sud-Est, existait déjà au XVIIe siècle le royaume Hulla-Adjékin ou Jakin notamment dans la région de Godomè. Un autre groupe Adja également parti de Tado s'était installé dans la seconde moitié du XVIIe siècle "sur la rive Sud du Lac Nokoué à côte des terres déjà occupées par la population Hulla de Djeken-Godomè.
Avant leur établissement en milieu lacustre, les Toffinou ont fait certaines haltes sur le plateau, dont les dernières ont pour noms Ouèdo ou Vèdo, Akassato et Yèvié, autant d'étapes qui abritent périodiquement des cérémonies culturelles, occasions de grands rassemblements des membres de tous les clans. Débordant largement les frontières politiques de la République Populaire du Bénin, les Toffinou occupent légalement certaines zones lacustres dans la région de Badagry, au Nigeria. Rappelons que ce sont les éléments du même clan que nous retrouvons dans le sud-est du plateau de Porto-Novo, où ils sont désignés sous l'appelation de Setto ou Settonou. 

Retour des Adja-Fon sur le plateau d'Allada

Après la consolidation de la dynastie royale aboméenne par le prince Agassouvi Aho, surnomme HOUEGBADJA au début du XVIIe siècle, les vagues successives d'émigrants Alladanou qui ont alimenté le peuplement du plateau d'Abomey ont contribué à la constitution du grand groupe ethnique Fon. Pendant près de deux siècles et demi, la monarchie d'Abomey a entrepris de nombreuses expéditions guerrières pour étendre sa suprématie sur les États voisins : les royaumes yoruba à l'Est, les Ouémènou du plateau de Zagnanado, le royaume d'Allada et les royaumes côtiers.

Dans la région côtière, le royaume des Houéda a connu un essor grâce aux ressources de la pêche, de la chasse et à l'arrivée des Européens. Cette prospérité n'a pas manqué d'attirer la convoitise des royaumes voisins, notamment celle des monarques d'Abomey qui, par ailleurs, recherchaient un accès à la mer en vue de faciliter le commerce des esclaves. Pour réaliser cet objectif, le roi Agadja a entrepris de conquérir d'abord le royaume d'Allada. Après la chute d'Allada en 1724, les troupes d'Agadja ont attaqué la ville royale de Sahè, qui a capitulé, en février 1727. 

Cependant, Ouidah, ville fortifiée à cause de la supériorité de ses armes modernes a résisté aux troupes d'Agadja ; une garnison dénommée "chavi" a été laissée à l'emplacement actuel de Savi pour servir d’élément d’avant-garde afin de renforcer la protection définitive de Ouidah en novembre 1841. Ainsi fut établi la suprématie aboméenne sur les royaumes d'Allada et de Houéda. Ces nouvelles conquêtes ont permis à la monarchie aboméenne de s'assurer le contrôle de la circulation des biens et des personnes, notamment le trafic des esclaves sur l'ensemble des plateaux d'Allada et d'Abomey. Ce fut donc à la faveur de ces nouvelles annexions que s’est réalisé par vagues successives le peuplement des régions méridionales du royaume d'Abomey par les populations Adja-Fon. Sur le plateau d'Allada et au sud de la dépression de la Lama, les villages Fon sont groupes au nord de l'axe routier Abomey-Allada-Ouidah. Ces Fon, dont l'établissement remonte, pour la plupart, à la seconde moitié du XVIIe siècle, ont "fondé soit des postes d'occupation, soit des postes de péage, contrôlant le trafic des marchandises en provenance de la mer, ils étaient aussi des fonctionnaires du royaume chargés de percevoir l'impôt, d'assurer le ravitaillement en vivres de la capitale et même de recruter des guerriers".

Sur le rebord occidental du plateau d'Allada, notamment dans les régions de Savi et de Ouidah, l'élément Fon, comme du reste, l'ensemble des populations de ce secteur, est profondément marqué dans son origine par les diverses formes de colonisation : "colonisation Fon d'Abomey avec la prise de Savi et de Ouidah par les Aboméens, colonisation des esclaves invendus venus de l'intérieur, en particulier du pays Mahi et Yoruba, colonisation d'anciens esclaves revenus des Amériques, installés à Ouidah alors devenu un centre important de traite de produits après avoir été un centre de traite des Noirs". En effet, le groupe ethnique Fon manifeste sa prédominance dans le Sud-Benin, moins par l'étendue de l'espace qu'il occupe, que par son importance numérique. Cette situation est assez révélatrice de la densité de l'occupation humaine du sol dans cette région.

Les migrations récentes du plateau d'Allada

A l'instar des autres secteurs que nous avons déjà étudiés, les poches vides du plateau d'Allada sont colonisées progressivement par des migrants venus des zones en voie de surpeuplement. Ainsi, entre Allada et le pays Torri se constituent de petites fermes, propriétés de colons Adja venus des plateaux de l'0uest. Enfin, dans les grands centres ou les villages carrefours, ou dans les villages marches, tels Allada, Torri-Bossito, Ouagbo, Ahouannonzon, on rencontre de petites colonies de yoruba ou de Haoussa ; quand bien même leur établissement dans la région est plus ancien que celui des agriculteurs colons Adja, ces populations, généralement venues du Nigeria, se consacrent principalement a des activités commerciales.

La politique d'encouragement et de protection des plantations de palmiers à huile imposée par les rois Glélé et Guézo a été largement diffusée et appliquée dans les zones soumises à l'influence de la monarchie aboméenne. Aussi, le développement de la culture de l'Elæis guineensis a-t-il été fortement tributaire du processus de la mise en place des différents groupes humains dans ces secteurs ou les conditions climatiques sont relativement moins favorables a elaeiculture que dans le Sud-Est du pays.

Cependant, les efforts de ce phénomène démographique sur le palmier à huile sont essentiellement fonction de l'influence réelle de l'exercice du pouvoir monarchique dans les localités concernées. Ainsi, sur le plateau d'Abomey, foyer de propagation de l'"action palmier" de Ghézo, les peuplements d'elæis relativement denses marquent une rupture nette avec les rebords septentrionaux des séries de plateaux situés au Sud de la dépression médiane de la Lama. Au Sud du plateau d'Abomey et de part et d'autre de l'axe routier Abomey-Allada-Ouidah, l'un des itinéraires fréquemment utilisés à l'époque de la traite des Noirs et sur lequel s'est bâtie la route inter-Etat reliant le Bénin au Niger, un grand nombre d'agglomérations humaines abritent des populations Fon. Ce sont de gros villages-rue dont l’origine Fon est un des vestiges de l'époque ou la dynastie royale d'Abomey a manifesté surtout sa présence par la création de postes militaires et de péage. Dans ces localités, les peuplements de palmiers à huile sub-spontanés sont vigoureux et plus denses que ceux des villages situes dans l'arrière-pays notamment sur le plateau d'Allada peuple essentiellement d'Aïzo. Dans cette région, les peuplements naturels de palmiers sont caractérisés par une densité relativement moins élevée. Ce paysage de
palmeraie traduit la faible emprise de la monarchie aboméenne sur les populations Aïzo.

Population essentiellement agricole, disséminée sur le plateau en habitats isolés, les Aïzo constituent une société paysanne beaucoup plus tournée vers une économie de type vivrier que vers une économie de plantation. Celle-ci, du reste, n'a fait son apparition au niveau de l'économie villageoise qu'avec l’introduction relativement récente de la culture du café. Cette culture a été propagée à partir de la station d'expérimentation de Niaouli, localité située à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de l'agglomération urbaine d'Allada.

Sur le rebord sud-ouest du plateau d'Allada entre Savi et Ouidah, l’existence de quelques plantations de palmiers à huile sur les terres d'origine lignagère demeure l'un des vestiges de l'ancienne fonction de "ferme de cultures" qu'avait tenue la cité de Ouidah; cette situation rappelle également à bien des égards, l'origine hétéroclite du peuplement de cet espace. Au Sud-est du plateau d'Allada, sur les terres de Offra et Jacquin; c'est-à-dire l'actuel Godomè, qui avait pourtant joué dans le passe, le même rôle que Ouidah, en servant de port au royaume d'Allada; les peuplements d'Elæis ne présentent aucun signe de vigueur les distinguant de ceux du pays Aïzo ; cependant, la pluviosité est nettement élevée dans ce secteur qui, par ailleurs jouit de l'effet améliorateur de l'influence océanique. En réalité, ni la monarchie d'Allada au moment ou elle contribuait encore tout le plateau, ni la dynastie royale d'Abomey après 1724 n'ont réussi à conquérir et assimiler les quelques noyaux Adja repliés dans les forêts du plateau, avant que les expéditions guerrières ne les aient contraints à aller chercher refuse sur le Lac Nokoué.

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