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Le plateau de Pobè-Sakété

Le peuplement et la colonisation agricole du plateau de Pobè-Sakété ont été effectués par des courants migratoires Fon et Yoruba d'importance inégale et à partir de différents foyers suivant des axes convergents à l'intérieur du plateau. Les motifs de ces migrations (guerres et colonisation de terres neuves) expliquent l'ancienneté ou le caractère récent du peuplement dans ce secteur. On distingue, ici, quatre courants :

  • Le courant Yoruba-Holli, dont le foyer se situe dans la dépression d'Issaba avec un axe de propagation Nord-Sud à l'intérieur du plateau.
  • Le courant Yoruba-Nagot de Sakété, dont le foyer est localisé à Sakété ; ce courant s'est propagé suivant l'axe Sud-Nord.
  • Le courant Yoruba du Nigeria : son foyer est au Nigéria (pays Egba et Egbado). Son axe de propagation a une orientation Est-Ouest, à l'intérieur du même plateau.
  • Le courant Adja-Fon, dont le foyer est localisé sur le plateau d'Abomey-Zagnanado, s'est propage suivant l'axe N-S-E.

a) Le courant Yoruba-Holli

Malgré leur confinement dans la dépression d'Issaba, les Holli, sous l'influence de la poussée démographique, ont gagné le plateau de Pobè par vagues migratoires successives vers le début de l'ère coloniale. Il est bien vrai que leur établissement sur la terre de barre du plateau a été freiné à cause de leur grande hostilité a l'administration française. La colonisation agricole du plateau de Pobè par les Holli a été marquée par une progression certes lente, mais continue suivant l’axe Nord-Sud dudit plateau.

Les étapes de cette migration des Holli de la dépression du Hollidjè vers le plateau furent à l'origine de la fondation de localités dont les noms évoquent bien l'origine de leurs fondateurs, il en est ainsi de :

  • Akouhô dont les fondateurs Holli sont venus de Ouignan, autre localité de la dépression d'Issaba. 
  • Itchèdè : située entre Adja-Ouèrè et Pobè.
  • Itchagba : fondée par Oloukpédé, originaire de Holli Itchagba.
  • Ouignan-Gbadodo : fondé à la même époque que la localité, d'Akouhô.
  • Ogounkpatè : sur l'axe routier Sakété-Pobè au nord d'Ikpinlè.
  • Banigbé : c'est l'une des dernières localités fondées par les Holli. Elle est située au Sud-Est du plateau de Pobè ; c'est la zone de contact entre les populations Holli et les Yoruba du plateau de Sakété, communément appelés Anago ou Nagot.

L'actuel village de Banigbé-Holli a été fondé vers la fin du XIXe siècle. Ses fondateurs, originaires de IWO, au Nigeria, se sont établis, d'abord dans la dépression du Hollidjè, à Banigbe-Kpètè, à la suite des expéditions aboméennes contre les Yoruba du Nigeria, sous le règne de KONDO (Béhanzin). C'est la conquête de nouvelles terres qui les amena à fonder Banigbé-Holli sur les terres du plateau.

A l'origine, les Holli de Banigbé contrôlaient un vaste terroir agricole qui englobait les fermes de l'actuel Igbo-Oro, localisé située au sud d'Ikpinlè. C'est à la faveur de la délimitation des circonscriptions administratives de Pobè et de Sakété, sous l'administration française, que le Chef de Canton AYIGBEDE, descendant d'un colon Yoruba du nom de Igi, originaire de Sakété, confisqua une importante partie des terres Holli de Banigbé au profit de son lignage. 

Mentionnons que la migration des Holli se poursuit activement de nos jours, sous la double influence de la poussée démographique dans la dépression d'Issaba et de l'occupation des terres du plateau, une des conséquences de la mise en oeuvre des programmes d'aménagement agricole entrepris par la SONADER. Aussi assiste-t-on à la colonisation progressive des terres argilo-marneuses de la dépression médiane du Bassin Sédimentaire du Sud-Bénin, du secteur de la LAMA vers le secteur occidental de Tchi, dans la Province du Mono.

Les conditions d'occupation de la dépression d'Issaba et de la colonisation du plateau de Pobè par les populations Holli ne peuvent être considérées comme des facteurs favorables du développement de la culture du palmier à huile dans cette région. Ainsi, la faiblesse des peuplements d'Elæis guineensis sur les bords du Hollidjè est un indice significatif, non seulement de la faible densité de population, mais aussi de la zone refuge qu'a toujours été cette dépression pendant la période des guerres de conquête. De même, lorsque l'épuisement des sols argilo-marneux d'Issaba a contraint les Holli à abandonner leur habitat-refuge pour s'installer au cœur du plateau de Pobè , ces laborieux agriculteurs n'ont pas accordé la moindre attention au palmier à huile. Leurs activités agricoles sont principalement orientées vers les cultures vivrières, en particulier le maïs.

b) Le courant migratoire Yoruba de Sakété

Le courant migratoire Yoruba de Sakété a alimenté le peuplement du versant occidental du plateau de Sakété suivant une ligne de démarcation matérialisée sur le terrain par le cours méridien de la rivière Aguidi qui découpe le plateau dans sa partie occidentale en deux compartiments. La fondation de Sakété remonterait à la fin du XVIIe siècle. Comme le fait remarquer IGUE, John, " il est possible que le plateau d'Itakété ait été dans ce contexte occupé par les Awori de la région de Badagry et de Lagos bien avant le XVIIe siècle". Cependant, toutes les traditions orales que nous avons recueillies sur place indiquent que les fondateurs de Sakété seraient des Yoruba venus d'Oyo (Nigeria). Après l'étape d'Illassô, localité située à moins d'une dizaine de kilomètres à l'ouest de l'actuel Sakété, le 7e roi d'Illassô vint fonder la dynastie royale de Sakété.

Les premiers mouvements migratoires en direction du nord du plateau ont été déclenchés tout au début du XIXe siècle, sous la direction de grands chasseurs, en compagnie d’agriculteurs à la conquête de terres neuves. Ces percées ont été marquées par plusieurs étapes dont les plus importantes ont permis la fondation de certaines localités telles que Illassô suivie de Ita-Djèbou initialement connue sous le nom de Oko-Déguè et qui doit son nom actuel uniquement aux commerçants originaires d'Ita-Djèbou, contrée du Nigeria occidental ; ces derniers sont venus s'établir à Oko-Déguè, après sa fondation par un certain ECHOUBI, parti de Déguè, près de Sakété.

Ensuite ont suivi les étapes d'Igbo-0rô, de Fouditi, et finalement celle d'Ikpinlè, autrefois connue sous le nom d'Igikpè. Ikpinlè a marqué le point culminant de l'avancée des Yoruba-Nagot de Sakété en direction du Nord du plateau. C'est sous l'administration française que Igikpè est devenu Ikpinlè, pour servir de frontière entre les circonscriptions administratives de Sakété et de Pobè en bordure de l'axe routier, et en même temps de zone de contact entre les pays Yoruba - Holli de Pobè au Nord et Yoruba-Nagot de Sakété au sud du plateau.

c) Le courant migratoire Yoruba du Nigéria

Ce courant migratoire a eu pour champ de théâtre la deuxième moitié du secteur oriental du plateau de Pobè-Kétou, à l'est de la rivière Aguidi. Le royaume d'Ifanhin, considéré comme la première étape, serait créé entre 1630 et 1700 pour servir d'avant-poste militaire au temps de la conquête du Dahomey par l'Alafin Ojigi. Le peuplement de ce secteur a été alimenté par les Yoruba venus d'Oyo, et par des éléments Egba et Egbado refoulés vers l'Ouest, lors de la guerre d'Owu en 1620. Ifanhin a été le point de départ de plusieurs vagues migratoires qui ont conduit à la fondation de Ikpédjilé, de Kôbédjô, de Owodé et d'Akpétchi par des agriculteurs colons. 

Dans l'ensemble, le processus du peuplement et les conditions de la colonisation agricole n'ont pas une responsabilité significative dans le développement de la palmeraie naturelle sur les plateaux de Pobè et de Sakété. En effet, on doit l'existence d'une palmeraie sub-spontanée relativement dense aux conditions écologiques favorables à l'Elæis guineensis dans cette partie du Sud-Benin. Ayant échappé pendant longtemps aux influences de la monarchie aboméenne et aux prétentions annexionnistes des successeurs de Té-Agbanlin (Toffa), les Yoruba-Nagot de Sakété n'ont pas eu à payer des tributs ou des impôts en nature (huile de palme) aux rois de Porto-Novo. De même, contrairement aux obligations que subissaient les chefferies vassales, les Yoruba-Nagot de Sakété n'ont pas eu à appliquer les directives des monarques d'Abomey et de Porto-Novo dans le domaine de " l 'action palmier". 

Par ailleurs, la civilisation agraire yoruba est largement influencée par une économie de type familial essentiellement orientée vers la production vivrière (mais, tubercule) notamment. Aussi, la diffusion de plantules de palmiers à huile sélectionnés, des 1948, par le service chargé de la rénovation de la palmeraie (S R P) n'a-t-elle rencontre aucun écho favorable auprès des agriculteurs Yoruba du plateau Sakété-Pobè. Le mauvais entretien dont ont été l'objet les champs de démonstration implantés çà et là, notamment à Ita-Djébou, près de Sakété sur les terres des notables Yoruba, a témoigné de l'indifférence notoire qu'ont manifestée ces paysans vis-à-vis du palmier. Au contraire, ceux des anciens chefs coutumiers, chefs de canton, et autres gros planteurs Torri du District d'Avrankou (Kèkè Adjignon), recevaient, à défaut d’entretiens culturaux souhaitables, quelques rares visites des manœuvres pour effectuer l'élagage des arbres, à l'approche de la grande récolte. 

On a pensé que l'implantation à Pobè de la Station Expérimentale " IRHO " de palmiers à huile aurait favorise la diffusion des variétés sélectionnées d'Elæis guineensis auprès des paysans, en majorité Yoruba des localités environnantes, comme ce fut précisément le cas pour le café autour de la Station de Niaouli, auprès des cultivateurs Fon du plateau d'Allada. Tel n'a pas été le cas.

d) Le courant migratoire Fon-Adja

Les rivalités incessantes entre les Yoruba et les Fon ont été à l'origine de nombreuses guerres et razzia qui ont provoqué, dans le courant du XIXe siècle, d'importants déplacements de populations réfugiées dans des sites d'accès très difficile, lieux sûrs pour des fugitifs. Ces mouvements migratoires ont abouti, soit à la constitution d'importants établissements humains sur la frange occidentale du plateau de Sakété-Pobè (les Ouémènou dans les pays du Bas-Ouémé), soit à des incursions parfois très avancées de populations d'origine Adja dans les zones ou prédominait le groupe ethnique Yoruba. Les points de départ de tous ces courants migratoires étaient localisés sur les plateaux d'Abomey et de Zagnanado.

i)Les Ouémènou

Le peuplement du secteur occidental du plateau de Sakété-Pobè et de la rive du fleuve Ouémé a été effectué en plusieurs étapes par des apports d'origines diverses. Vers le XVe siècle étaient venus de l'est les premiers occupants qui étaient des Yoruba d'Oyo et d'Ilé-Ifè, reconnus comme les fondateurs de gros centres (Adjohoun, Azaourissè)et de localités aux noms très évocateurs tels que Abéokouta et Fanvi. 

De l'Ouest, plus particulièrement de la région d'Allada, étaient venues de petites vagues de fuyards qui se sont réfugiés à l'Est de la Sô. C'était surtout au XVIIIe siècle que le plus gros noyau de Ouémènou s'était installé dans le Bas-Delta de l'0uémé, dans la région d'Adjohoun et de Dangbo. Comme le note le Professeur P. PELISSIER "la pénétration et la mise en valeur du Bas-Ouémé apparaissent, en effet, comme l'un des contre-coups de la formation du royaume d'Abomey, au XVIIIe siècle". Après son écrasement par l'armée royale d'Abomey, au début du XVIIIe siècle, le royaume Ouémènou, établi de longue date sur le plateau de Zagnanado, a été contraint d'émigrer vers le sud pour s'installer dans le Bas-Delta où, grâce à son importance numérique, il a réussi à s'imposer surtout par la langue à tous les groupes humains notamment les petites chefferies Yoruba qui l'y avaient précédé.

ii) Les incursions Adja-Fon en pays yoruba

La deuxième forme de peuplement du plateau de Pobè-Sakété par les Adja - Fon est représentée par des incursions ; ces incursions ont entraîné la mise en place de groupes humains d’extension très restreinte dans des localités formant des poches à l’intérieur du pays yoruba. A cet effet, on peut citer:

  • Gbaouété : Sa fondation remonterait à l'époque où Béhanzin, roi d'Abomey livra des attaques contre les villages de la rive droite de l'Ouémé en 1892. Les fondateurs seraient venus de Dasso localité située au nord de Bonou. La chefferie de Gbaouété contrôlait les terres de Logou au sud ; Cette dernière localité a été placée, plus tard, sous le contrôle de colons venus de Katagon, conduits par un certain Hounvènou.
  • Toffo : Situé près d'Adja-Ouèrè, Toffo a été fondé, à la même époque que Gbaouété, par un certain Kakpo, originaire de Toffo (plateau d'Allada), un autre fuyard victime des persécutions aboméennes, sous le règne de Kondo.
iii) Les migrations récentes

En dehors des courants migratoires divers, on assiste encore de nos jours à des migrations récentes sur le plateau de Pobè-Sakété. La mise en place du peuplement à partir des anciens courants a conduit à la fondation de deux grosses cités : Pobè et Sakété, situées aux extrémités du secteur oriental du plateau et à la naissance de quelques bourgs d'importance moyenne, anciennes étapes de la colonisation des terres neuves. 

Que ce soit à l'est ou à l'ouest du plateau, la faiblesse relative de l'effectif des populations généralement concentrées dans les gros centres que sont Pobè, Adjohoun et Sakété nécessite des apports externes pour la mise en valeur des terres encore fertiles. Cette situation a entraîné comme conséquence, les mouvements migratoires contemporains qui continuent d'alimenter le plateau de Sakété - Pobè à partir des secteurs les plus peuples du Sud-Benin et où la surexploitation des terres est devenue un véritable goulet d'étranglement en milieu rural.

Ainsi, les Holli de la dépression d'Issaba, les Torri abandonnant des terres à Imperata des zones surexploitées de Katagon et d'Avrankou, les Goun de la proche banlieue surpeuplée de Porto-Novo, les jeunes Ouémenou cherchant à s'affranchir de la tutelle de l'autorité lignagère sont venus implanter çà et là, sur le plateau, des fermes isolées éléments constitutifs de l'habitat dispersé qu'on observe dans cette région. 

Cependant, depuis ces dernières années, l'application progressive du programme d'aménagement des blocs industriels de palmiers à huile sélectionnés par la SONADER, devenue "SOBEPALH" en 1975, constitue un frein à cette forme de peuplement du plateau par des vagues migratoires contemporaines. 

 

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