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Le plateau de Porto-Novo ou la partie méridionale de Sakété Pobè 

Le peuplement du plateau de Porto-Novo a été essentiellement réalisé à partir de courant migratoires d'origine Adja. Ces éléments Adja, dont les emplacements ont été commandés par des motifs divers (guerres intestines, recherche de sécurité, colonisation de terres neuves), provenaient de l'intérieur de la région. Après plusieurs étapes successives, ils ont atteint cette partie du Sud-Est du Bénin où les y avaient précédés, avant le XVIe siècle, de petits groupes de chasseurs yoruba qui proviendraient probablement des royaumes fondés par certains enfants ODUDUA après la fondation de Ilé-Ifè. Ces Yoruba étaient organisés en chefferies traditionnelles mal structurées. Les émigrants Adja n'eurent aucune difficulté à placer sous leur autorité ces petites chefferies yoruba ou a les repousser au Nord, vers le plateau de Sakété ou même à l'Est, vers Djoffin ou Oke-Odari, localités du Nigeria actuel.

Le courant migratoire des Alladanou 

Les migrations des Alladanous vers Porto-Novo représentaient le plus ancien courant migratoire Adja en direction du Sud-Est du Bénin. Malgré le rôle qu'il joue dans le passé la dynastie royale de Porto-Novo, beaucoup de points d’ombre subsistent encore en ce qui concerne les conditions historiques de la fondation du royaume de Porto-Novo. Selon les traditions orales auxquelles ils se réfèrent, les auteurs qui ont étudié l'histoire de la fondation de ce royaume ont fait apparaître des divergences sur deux points : l'arbre généalogique des fondateurs des dynasties royales de Porto-Novo et d'Abomey et l'époque de leur fondation. 

Se basant sur l'analyse des traditions orales recueillies à Abomey le Professeur I. A. AKINJOGBIN explique que les querelles de succession au trône royal d'Allada sont apparues après la mort de KOKPON, second roi d'Allada. Ces querelles ont mis aux prises, Té-Agbanlin, fils aîné de KOKPON, et DAKO, le cadet. Ce dernier, après un bref règne, a été déposé ; il a émigré alors vers le Nord et a fondé plus tard, avec ses partisans, le royaume d'Abomey probablement en 1620. Or, d'après A. AKINDELE et C. AGUESSY, Té-Agbanlin a émigré vers le Sud-Est, à la même époque, et a atteint les berges de l'Ouémé, où il a fondé le royaume de Porto-Novo (Hogbonou ou Adjachè), probablement en 1730. 

Selon Jean PLIYA (34), à la mort de Lansouhoutô, successeur de Landè qui a conduit les Agassouvi à Allada, une querelle a éclaté entre ses quatre enfants. Mèdji, reconnu roi d'Allada est mort en 1610. Son frère aîné, Zozérigbé, s'est dirigé vers le Sud-Est ; il mourut en cours de route. L'un de ces descendants, surnommé plus tard Tè-Agbanlin a régné de 1688 a 1729. 

Il semble établi que le royaume d 'Allada fut fondé vers la fin du XVIe siècle, vers 1575 (35) ; les querelles autour du trône royal d'Allada entre les migrants Adja remonteraient au tout début du XVIIe siècle, vers les années 1600. Si on retient que la  fondation du royaume de Porto-Novo se situe vers la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIIIe siècle, on doit admettre, selon l'hypothèse du professeur AKINJOGBIN, que le fondateur de Hogbonou ou Adjachè ne serait pas Tè-Agbanlin, celui-là qui discuta le trône d'Allada avec son frère cadet DAKO vers 1600 ; Autrement, on devra alors se rallier aux traditions recueillies par Jean PLIYA, selon lesquelles ce ne fut pas Tè-Agbanlin qui prit, au départ, la tête des émigrants Alladanou en direction du Sud-Est, migration qui a abouti à la fondation du royaume de Porto-Novo vers 1688, à moins d'admettre, comme le suggère Alfred MONDJANNAGNI, que "la date de la mise en place du royaume de
Porto-Novo n'est pas encore sûre ; la généalogie des rois de Porto-Novo selon la tradition, à moins que celle-ci soit tronquée, ne nous permet pas de fixer cette date avant la chute d'Allada en 1727".

Voilà un point obscur de l'histoire de Porto-Novo. Il mérite d'être éclairci. Après leur installation et l'éviction des chefferies Yoruba d'Akron et de Jassin, les conquérants Adja, sous la direction de Té-Agbanlin, ont organisé le royaume de Hogbonou à l'image d'Allada. Ils ont annexé à leur royaume
tous les villages environnants ; ils ont entrepris assez tôt une politique expansionniste qui a servi de support au peuplement de l'ensemble du plateau de Porto-Novo par les Adja et au contrôle de la circulation des biens et des personnes dans la région par les Alladanou. 

En effet, la plupart des rois qui se sont succédé au trône de Porto-Novo ont délégué dans la région environnante des ambassadeurs, généralement des Ahovi ou princes de la dynastie royale. Ceux-ci sont parvenus rapidement à soumettre, à l’autorité de la couronne et sans coup férir quelques chefferies Yoruba qu’ils ont rencontrées sur place. C'est ainsi qu'a été établi dans la seconde moitie du XVIIIe siècle un nombre important de "représentations" par les Ahovi délégués sous le règne de Dè-Lokpon et de Dè-Messè (1752 - 1757). Ces anciennes "légations royales, autour desquelles ont été bâties d'importantes agglomérations, abritent simplement, de nos jours, des autels cultuels rattachés au panthéon de la dynastie royale de Porto-Novo. Ce sont notamment, Zoungodo à Malanwi, fondé sous le règne de Dè-Lokpon, Tokpahoungodo à Atchoukpa, Gbédji à Missérété, Zèbè à Djavi, et Louho ont été fondés sous le règne de Dè-Messè.

Les souverains de Porto-Novo ont, en outre, cherché à étendre leur autorité en entreprenant des guerres de conquête contre leurs voisins, notamment contre les Yoruba d'0ke-0dan (Dè-Sodji, Dè-Mikpon), de Djoffin (Dè-Toffa) et contre les royaumes des Ouémènou et d'Abomey (Dè-Toffa). Toutes ces aventures expansionnistes de la dynastie royale de Porto-Novo à la faveur desquelles le protectorat français a été établi et consolidé n'ont eu aucune prise réelle sur le peuplement du plateau de Porto-Novo par l'intermédiaire des descendants de Té-Agbanlin. En fait, c'était surtout dans la proche banlieue de Porto-Novo jusqu'à la frontière méridionale du royaume de Sakété que l’autorité de la couronne royale de Hogbonou avait un poids réel.

Le royaume de Porto-Novo s'est agrandi rapidement autour de Hogbonou enceinte initiale du palais royal érigé par Té-Agbanlin ; son peuplement s'est réalisé par l'arrivée de vagues successives d' émigrants Alladanou. De sang royal ou non, les Alladanou ont été contraints à un métissage avec les Yoruba, dont ils ont subi largement l'influence sur plusieurs plans. C'est de ce métissage que résulte le fond culturel et linguistique propre aux Goun, dont l’extension géographique ne dépasse guère, en réalité, un rayon de un ou deux km autour de la ville de Porto-Novo. 

Autres migrations Adja vers le Plateau de Porto-Novo 

A part quelques foyers des Ahovi, vestige des anciennes représentations royales, le peuplement de la palmeraie porto-novienne s'est opéré à partir des courants migratoires Adja post-Alladanou par l'installation sur le plateau, des Torrinou, des Settonou et des Adjranou. Certains auteurs ont assimilé ces groupes humains aux Goun. 

Il faut reconnaître que, s'ils n'ont jamais contesté l'autorité politique de la dynastie royale de Porto-Novo sur le territoire ou les Ahovi les avaient précédés, les Torri, Setto et Adjarra sont toujours restés attachés à leur origine dans le domaine culturel notamment. 

i) Les Torri

Les Torri constituent les groupes humains les plus importants parmi les émigrants venus d 'Allada après la fondation du royaume de Porto-Novo. On les assimile généralement aux Aïzo, fond pré-Adja installé sur le plateau d'Allada avant la grande migration des Agassouvi. Cependant, nous ne possédons à ce sujet aucune indication certaine. Minoritaire sur le plan numérique, les Torri vivent au milieu des Aïzo en conservant une personnalité remarquable sur les plans culturel et linguistique. 

Les Torri ont émigré par vagues successives vers le plateau de Porto-Novo sous le règne de Dè-Toffa ; cette émigration s'est faite sous la conduite des chefs de lignage. Ces  principaux lignages sont: les Wayènou (KEKE Adjignon),les Honviènous (Gayè), les Vodounhouénou (Vitchoédo). 

Les Torri vivent en communautés rurales très denses essentiellement concentrées dans le District Rural d'Avrankou. Comme les Ahovi, ils ont rencontré dans leur région d'accueil de petites communautés Yoruba avec lesquelles ils ont vécu en bonne intelligence ou contre lesquelles ils ont guerroyé (cas d'Avrankou). D'après certaines traditions rapportées par plusieurs auteurs, dont Michel LECLERC, les premières vagues d'émigrants Torri détachés du berceau, Torri-Bossito, ont marqué une première étape à Tori-Agonsa, localité située entre Sèmè et Porto-Novo. Hormis l'étape historique de Torri-Agonsa l'espace où se trouvent concentrées les communautés rurales Torri correspond à l'ancien Canton des Torri dont les chefferies jouissaient d'une certaine autonomie vis-à-vis de la couronne royale de Porto-Novo.

En effet, la nomination des anciens chefs de villages relevait de la compétence du chef du Canton Torri ; les chefs supérieurs de la maison royale de Porto-Novo "ne faisaient qu'approuver ce choix, signe de vassalité du roi Torri envers les rois Goun". Par ailleurs, toutes les cérémonies religieuses qui impliquent l'ensemble des Torinou doivent recevoir l'autorisation de Torri-Bossito. Très dynamiques, les Torinou qui sont à la fois de gros agriculteurs et commerçants de grains ont pratiquement impose leur langue dans toute la palmeraie porto-novienne.

ii) Les Setto

L'origine du lignage Setto est encore mal connue ; de même la plupart des auteurs ignorent également leur existence en les assimilant aux Torri et aux Goun de Porto-Novo. Selon certaines traditions, les Setto de la palmeraie porto-novienne, moins nombreux que les Torri ont émigré par vagues successives vers le Sud-Est a peu près pendant la même période que leurs voisins Torri. Leur berceau situe sur le plateau d'Allada serait, d'après certains auteurs, la localité d'Azohoué (Michel LECLERC), à proximité de Torri-Bossito ou Akassato, Ouèdo, et Hèvie qui pourraient constituer des étapes de leur migration vers le plateau de Porto-Novo. Leur séjour dans ces dernières localités situées dans le Sud-Est du plateau d'Allada, notamment dans le District Rural d'Abomey-Calavi a peut-être contribué à les assimiler aux Aïzo. 

Les Setto fixés dans le Sud-Est du plateau d'Allada ont fui les expéditions guerrières des monarques d'Abomey, après la chute du royaume d'Allada ; ils ont cherché refuge tout au long des XVIIIe siècle et XIXe siècle dans les zones lacustres du Sud-Ouest du Bas-Delta de l'Ouémé. Ces fuyards qui ont érigé leur habitat sur l'eau sont désignés de nos jours sous l'appelation de "Toffinou". Ceux, qui parmi eux ont poursuivi leur "exode" et se sont installés dans le Sud-Est de la  palmeraie porto-novienne, sont connus ici sous le nom de Setto. En colonisant les terres jadis fertiles du plateau de Porto-Novo, ils ont largement débordé les zones frontalières et ont des ramifications au Nigeria (Djoffin, Oké-Odan, etc.).

L'occupation du sol par le lignage Setto correspond grosso-modo au territoire de la commune rurale de Médédjonou, à la frontière Sud-Est, Bénin-Nigéria. Malgré leur parfaite maîtrise de la langue Torri, qui s'est pratiquement imposée à toutes les populations de la palmeraie porto-novienne, les Setto conservent de solides liens socio-culturels avec leur berceau.

iii)Les Adjaranou

Fortement minoritaires sur le plan numérique, les Adjranou constituent un lignage voisin des Torinou. Leur foyer d'origine est situé à Adjarra-Dévoukanmè, près de Pahou, dans le Sud-Ouest du plateau d'Allada. Ils sont considérés comme les fondateurs de l'importante agglomération rurale d'Adjarra située au Nord-Est de la ville de Porto-Novo. La faiblesse relative de leur effectif et leur concentration dans un espace restreint traduisent les fortes densités qui caractérisent leur aire d’occupation. En effet, les communautés rurales Adjra sont confinés dans un territoire compris entre les zones d’occupation Torri à l’0uest et Setto à l'Est. Leur arrivée sur le plateau de Porto-Novo serait postérieur à celle des Torri.

iv)Les migrations Yoruba postérieures à la fondation du royaume de Porto-Novo

Les communautés Yoruba établies sur le plateau de Porto-Novo, notamment dans la ville de Porto-Novo et les localités environnantes sont généralement désignées sous l'appelation erronée de "Yoruba, étrangers venus du Nigeria". En effet, leur arrivée sur le plateau remonte au règne de Dè-Messè (1752-1757) ; leur installation effective dans la ville se situerait aux alentours de 1775, donc bien avant l'installation des Torri dans la palmeraie porto-novienne, et avant la création de la colonie du Dahomey et dépendances par décret du 22 juin 1894 du Ministre des Colonies. Le rappel de ces données historiques démontre l'inexactitude du qualificatif 'étrangers'. 

Cette nouvelle arrivée des Yoruba sur le Plateau de Porto-Novo constitue le deuxième épisode de l'établissement de ce groupe humain à Porto-Novo et ses environs. En effet, le premier épisode a été marqué par les vagues migratoires provenant de l'éclatement des noyaux initiaux d'Ifè et d'0yo. Les courants migratoires de la période post-Adja étaient constitués de vagues successives d'origines diverses. Ils ont conduit au peuplement de cette région par des éléments Yoruba dont les motifs de déplacement étaient essentiellement lies à l'exercice d'activités lucratives. 

Malgré l'échec de leur politique annexionniste, les rois de Porto-Novo ont cependant réussi à assurer réellement le contrôle de la circulation des biens et des personnes sur l'ensemble du plateau de Porto-Novo. Aussi, ont-ils contribué, grâce au dynamisme de leurs représentants, à assurer la création et le développement de la palmeraie porto-novienne. En effet, à l’instar de la monarchie aboméenne, les rois de Porto-Novo ont mis en oeuvre une politique favorable à l'exploitation de la palmeraie naturelle après la suppression de la traite des Noirs. L'implantation de l'industrie d'huile de palme dans le royaume de Porto-Novo remonte à 1830, avec l'établissement des Compagnies Françaises Regis Victor et Cyprien Fabre. Dès 1887, le Dahomey exportait environ 4.000 tonnes d'huile de palme et 20.000 tonnes de palmistes.

Sous le règne de Dè-Sodji (1848-1864) de grandes quantités d'huile de palme ont été exportées à partir du Port de Porto-Novo. Plus tard, sous le règne de Dè-Toffa (1874-1908), avec l'établissement d'importantes colonies de Torri dans la localité d'Avrankou et de Setto dans le Sud-Est du plateau de Porto-Novo, la culture et l'exploitation du palmier à huile ont connu un essor sans précédent et ont fait du royaume de Porto-Novo l'un des plus grands producteurs d'huile de palme dans cette partie de l'Afrique. Les sujets du royaume étaient soumis à l'époque au paiement d'une redevance annuelle au roi. Cet impôt en nature appelé Kudzu comprenait essentiellement de l 'huile de palme et d'autres produits agricoles (maïs, haricot, etc.). 

Ainsi, on doit la création et le développement de la vaste et luxuriante palmeraie porto-novienne aux populations des grandes vagues migratoires successives post-Adja (Torri, Setto, Adjra) établis dans le Sud-Est du Bénin. Cet apport extérieur d'émigrants a permis de disposer de la main-d'œuvre abondante qu'exigent la culture de l' Elæis et le traitement artisanal des produits du palmier à huile.

 

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